mercredi 25 janvier 2017

La reprise

Nous avons repris notre souffle, parce que l'organisation familiale a encore évolué*, parce que Tara travaille "à la soupape", par cycle. Après chaque période de leçons quotidiennes, s'ensuit un temps où l'acquis mijote, bouillonne, s'apprivoise et se régurgite. Ce sont des cycles qu'on peut maintenant percevoir puisque de plus en plus courts.
Je vais essayer d'expliquer un peu mieux mon observation. Depuis toute petite, Tara alterne les périodes où elle demande un guide, et les périodes autonomes. Je vois maintenant que les vagues étaient alors longues et lentes, et qu'aujourd'hui, les cycles augmentent en fréquence (et en intensité).
Est-ce un signe Tara va bientôt passer à un autre rythme de travail, une respiration différente ? Est-ce que ça pourrait être une observation de cette "crise" des 6 ans dont on parle en pédagogie Steiner** ?
Il est certain qu'elle, après un automne relativement calme et un début d'hiver chamboulé, entre dans une phase nouvelle.
J'ai accompagné ce passage avec des périodes de leçons donc, où nous avons découvert le dessin de forme, un enseignement phare de la pédagogie Waldorf Steiner***. Et j'ai pu, une nouvelle fois, constater que la petite s'épanouit dans cette organisation un peu particulière, dans cette façon d'aborder les savoirs fondamentaux à travers l'art et la littérature.

J'aime beaucoup cette approche du petit soi dans le tout (on s'en fout que le tout soit grand, puisqu'il est tout). L'enfant se découvre en même temps qu'il prend sa place, et comprend sa place dans sa société. Monique Chant des fées qualifie cette pédagogie de profondément humaniste. Et c'est aussi mon opinion. On peut dire de Steiner qu'il était barré. Ben ouais, allez vivre au début du vingtième siècle, on en a eu une tripoté, de barrés ! Mais de ce foisonnement d'idées, de définitions, de visions de l'organisation du monde ressort l'idée que l'enfant doit grandir sur un terreau culturel fertile, et non un monceau de fariboles extravagantes, individualistes et liberticides (je parle ici du libre arbitre). C'est ce qui m'intéresse. C'est à l'enfant de choisir s'il souhaite être, parmi nous tous, une ancre ou un satellite, un veilleur sur le fortin ou une comète. Mais pour cela, pour avoir le choix,  il doit posséder entièrement les capacités d'être une ancre, un satellite, un veilleur, une comète. Il doit posséder le bagage culturel nécessaire, et il est tout à fait normal qu'au fil du temps, au fil des siècles, ce bagage se fasse plus lourd, plus volumineux, puisque l'Homme acquiert de l'expérience. On remarque ci et là que l'enfant d'aujourd'hui s'adapte parfaitement aux nouvelles technologies. N'est-ce pas parce qu'il a en lui la capacité de faire sien tout ce bagage culturel plutôt que l'appartenance à une pseudo génération connectée ? Ne nous trompons nous pas de filtre quand nous observons nos enfants ?

J'écrivais aujourd'hui que ma fille avait besoin d'un professeur qui soit aussi un artiste. Elle possède une sensibilité artistique et technologique, une capacité d'adaptation naturelle et une grande conscience de son individualité (elle n'a jamais voulu de surnom). Elle aime le vivant, et nous découvrons qu'il y a dans la pédagogie Steiner les clefs dont elle a besoin pour s'exprimer et élargir son horizon (et non pas empiler simplement les connaissances les unes sur les autres). Elle habite ainsi son univers, et ne le subit pas. Le dessin de forme est par exemple un langage qui permet à Tara de structurer sa pensée. Elle affronte ainsi mieux l'inconstance (l'inconsistance ?) de son père.

Si vous imaginez la pédagogie Steiner comme une file de petits lutins arc-en-ciel, alors, c'est que vous avez oublié de lire l'article en dessous de la photo. Le lutin est ici accessoire, le fond, c'est le rythme, c'est la reconnaissance de l'art comme étant inhérente à notre nature d'humain (d'ailleurs, les états totalitaires contrôlent l'art), c'est la transmission du savoir-faire et des savoirs fondamentaux. L'art comme l'aboutissement de la technique, à la fois but et moyen.

Nous avons ainsi repris notre souffle, et nous entamons une nouvelle période de leçons.


* Et elle évoluera certainement encore dans les semaines à venir, puisque le père de mon enfant semble retomber dans les travers qui ont causé le dernier pétage de plomb en date.

** Bouh ! Héhéhé, heureuse d'en avoir fait bondir quelques uns... Oui, je suis une peau de vache.

*** Bouh ! Héhéhé, êtes-vous toujours là ?


1 commentaire:

  1. Papillons et libellules3 mars 2017 à 09:22

    Coucou.
    Je parcours ton blog un peu au coup par coup( je lirai le reste plus tard ) et je tombe sur ce fonctionnement " à la soupape " qui résume tellement ma grande !!!! ( chez elle les cycles sont courts , elle se passionne pour tout ( autonome ou proposé), L'espace d'une semaine ; après , ça se complique ;)
    Du coup, ces temps-ci , nous expérimentons un rythme :
    -un bloc ( pas trop long)
    -une semaine autonome
    Et ainsi de suite.
    L'idée lui plait beaucoup , à voir .
    ( sachant qu'elle fait de toute façon pas mal de maths et de langues étrangères en autonomie même pendant les blocs.)
    Vraiment , je suis ravie de la découverte de ton blog .
    Bonne journée.

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